Présentation des rencontres et de ses enjeux
par Jean-Paul Stanzel, Président de la CCPBS
Le Pays Bigouden Sud est un territoire attractif. Sa qualité de vie, son patrimoine, ses paysages sauvages
et préservés, la beauté de ses côtes et de son arrière pays séduisent chaque année toujours
plus de nouvelles populations ; essentiellement des jeunes actifs et des retraités.
Le Pays Bigouden est en mutation. Les changements démographiques, l'évolution de la pression foncière,
les exigences environnementales, etc. posent des questions quant à l'avenir de notre territoire. L'évolution
de l'âge des Bigoudens par exemple nous invite à réfléchir en profondeur à nos politiques en matière d'action
sociale, à nos projets pour la jeunesse, aux axes prioritaires de notre développement économique, etc.
La pression foncière, le contexte légal (avec la loi littoral notamment), nous incitent à faire des choix en
matière d'aménagement de l'espace, de politique de l'habitat, etc.
Jean Paul Stanzel
Président de la CCPBS
> Le Pays Bigouden, terre de pêche
Le destin, la culture du Pays Bigouden sont fortement liés à la pêche. Faut-il le
rappeler, le quartier maritime du Guilvinec est le plus important de France. Le
quart de la pêche française débarquée l'est dans un port cornouaillais. L'activité économique associée à la filière est encore un des principaux employeurs du
Pays Bigouden.
Aujourd'hui, si l'on regarde le contexte et que l'on prête attention au discours
ambiant, l'avenir de la pêche paraît sombre. Imposition de quotas de pêche,
vieillissement des bateaux, crise des vocations, mise en place de plans de sortie
de flotte, épuisement de la ressource, etc. la liste des indicateurs ayant viré au rouge s'allonge.
Néanmoins, il n'y a pas de fatalité à cette évolution. Le milieu maritime a fait
preuve au cours de son histoire d'une capacité certaine à se serrer les coudes et à forcer le destin. Notre Communauté de communes, bien que n'étant pas le
principal acteur dans ce domaine, n'est pas restée inactive face à ce constat.
Seule ou avec nos partenaires, nous menons différentes actions pour apporter
notre soutien à l'activité de la filière pêche. La zone d'activités à vocation halieutique de Toul Car Bras dans
le quartier maritime sort de terre. Sa capacité d'accueil de 58 180 m², son implantation à proximité des différentes
structures liées à la pêche (ports, lycée maritime, station d'épuration), la qualité de son aménagement
sont des atouts indéniables pour les investisseurs. Le pôle halieutique s'inscrit dans une exigence de promotion
de la compétitivité des entreprises de la filière pêche, en répondant à leurs besoins et en les aidant
à pérenniser leurs activités, en favorisant l'innovation, la qualité et le développement technologique.
Nous avons cofinancé l'élévateur à bateaux du Pays Bigouden. Il s'agit d'un équipement structurant, indispensable à la pérennisation du quartier maritime. Il permettra de lui redonner du souffle et des perspectives.
Nous avons cofinancé l'étude du comité de bassin d'emploi de l'ouest Cornouaille sur le suivi du plan de
sortie de flotte afin de connaître la situation de notre pêche de façon
précise. Nous pourrons ainsi, à l'éclairage de cette étude, prendre des décisions collectives sur l'avenir économique et social de notre territoire.
> Construisons ensemble notre projet de territoire
Nous devons démontrer notre volonté, nous élus du Pays Bigouden, d'être acteurs de notre avenir. C'est
tout l'enjeu du projet de territoire que nous allons construire. Les rencontres de l'intercommunalité, un moment
d'ouverture, d'échanges, de partage, de création de liens, en sont la première pierre. Ce projet de territoire,
la CCPBS souhaite le bâtir avec vous en concertation et sans a priori. Je fais le voeu qu'il soit ambitieux,
innovant et qu'il contribue à notre fierté d'être Bigoudens.
2010 : le Pays Bigouden Sud à grands traits
> Démographie :
un territoire particulièrement attractif
Le Pays Bigouden Sud a longtemps été un territoire de grande stabilité démographique avec environ 34 200 habitants de 1968 à 1990. Ce trait majeur disparaît dans les années 90. S’installe alors
une dynamique de croissance, d’abord modeste (+1,2 % de 1990 à 1999) puis très accélérée (+4,8 % entre 1999 et 2006) qui permettra
au Pays Bigouden Sud de gagner 2 000 habitants, en 7 ans,
et de compter 36 200 habitants en 2006.
Ce qui a changé dans les années 90, ce n’est pas le taux de natalité (il est toujours resté négatif malgré quelques progrès) mais le solde
migratoire, de plus en plus favorable, alimenté semble-t-il par les
jeunes ménages actifs (aux portes de Quimper) et les retraités (plus à l’Ouest).
Ces derniers sont venus accélérer le vieillissement de la population :
le nombre de plus de 75 ans a cru de près de 24 %, entre 1999 et
2006, pour représenter 12,5 % de la population. Cela constitue un
chiffre important en comparaison au 10 % à l'échelle finistérienne.
Olga Ansellem
Directrice de l'AOCD
> Profil social :
des disparités croissantes
La forte attractivité du territoire a modifié le profil social des habitants
de façon très rapide. La part des ouvriers et des employés reste
importante (57 % des actifs en 2006) mais elle est en recul au profit
des professions intermédiaires et supérieures. Les revenus fiscaux
médians des ménages se sont améliorés. En 2002, ils se situaient
dans les tranches des catégories les plus modestes du Finistère. Quatre
ans plus tard, ils intègrent les catégories médianes et dans certaines
communes, les plus élevées du département.
L’accession à la propriété, qui a alimenté le solde migratoire positif
du territoire, a attiré des ménages plus riches que les autochtones,
creusant ainsi l’écart entre des catégories plutôt aisées et une partie
des habitants modestes, voire fragiles. On observe une hausse importante
du nombre de familles monoparentales (+10,8% entre 99
et 2006 contre 5,2% dans le Finistère), un taux d’allocataires CAF
sous le seuil de bas revenu non négligeable (38,7%), un taux de
chômage des jeunes supérieur à la moyenne finistérienne.
Dans certaines communes, les indicateurs de précarité sont même
au rouge notamment à Penmarc’h, Le Guilvinec et Pont l’Abbé.
> Habitat :
un marché en déséquilibre
Le Pays Bigouden Sud est soumis, depuis le début des années 2000, à une hausse croissante des besoins en logements. À l’augmentation
du nombre de ménages naturellement alimentée par les décohabitations,
s’ajoute la demande des nouveaux arrivants, jeunes actifs,
retraités et touristes en résidences secondaires.
Une telle convergence a entraîné une hausse du nombre de logements construits, une augmentation de la consommation foncière
et par voie de conséquence une spéculation foncière et immobilière.
Elle a également accru notablement la part des résidences secondaires
(31 %).
La surreprésentation du logement individuel (87 % en 2006)
comme du statut de propriétaire (80 %) s’ajoutent à la faiblesse de
l’offre locative sociale (5 %) pour rendre difficile l’accès aux logements
des ménages de petites tailles, des ménages mobiles en début
de parcours résidentiel et, bien sûr, des ménages modestes qui souhaiteraient
se maintenir sur le territoire.
> Activité : un pôle encore important
Un pôle d’emplois relativement diversifié
Le Pays Bigouden Sud est un pôle d’emplois important, fort d’environ
11 500 emplois en 2006 concentrés dans les ports de pêche
et à Pont l’Abbé (services). Le nombre d’emplois s’est accru de près
de 10 % entre 1999 et 2006, en particulier, dans les secteurs des
services et du commerce.
Les entreprises artisanales de petite taille fondent très largement
l’activité du Pays Bigouden Sud où l’on trouve peu de grands employeurs.
Ces entreprises sont nombreuses (751 en 2009), ce qui
donne une densité pour 10 000 habitants élevée (207), très nettement
supérieure à la moyenne bretonne (152) ou cornouaillaise
(191). Cependant, en 2009, le dynamisme de créations, non négligeable
avec 59 entreprises, n’atteint pas le rythme de radiation
(70 entreprises) alors que s’ouvre une période de fragilité alimentée,
par les nombreux départs en retraite attendus et l’arrivée d’auto-entrepreneurs à l’avenir incertain.
La tendance est au retrait dans les secteurs primaires traditionnels.La pêche, cependant, reste un secteur essentiel qui occupait
encore quelque 270 entreprises, en 2008. L’agriculture, par ailleurs,
est parvenue à stabiliser son emprise foncière (-1% de la surface agricole
utile entre 2000 et 2008) malgré le fort recul du nombre de
sièges d’exploitation (79 en 2008, contre 140 en 2000).
Dans un tel contexte, le poids économique du tourisme n’est pas
négligeable. Le Pays Bigouden Sud dispose d’atouts réels en offre de
loisirs (centres d’interprétation, musées, centres nautiques, etc.), en
patrimoine naturel (plage, randonnées, etc.) et en offre d’hébergement
pour assurer son développement. Cependant, si le taux de
fonction touristique (rapport entre la population permanente et le
nombre de touristes accueillis) est important comparé à l’ensemble
du Finistère (147 contre 52,6) il doit se lire avec prudence car il
cache, au moins, deux indicateurs inquiétants : le poids croissant
de l’hébergement non marchand (les résidences secondaires) et la
disparition de lits marchands essentiels à l’activité économique
(-13% entre 2005 et 2009).
En matière de commerce, le Pays Bigouden Sud n’a pas échappé aux tendances générales de croissance du nombre de grandes surfaces
(+14 % de m², entre 2006 et 2008, pour les plus de 300 m²).
En 2008, la densité commerciale y est supérieure à la moyenne cornouaillaise
et finistérienne pour les grandes surfaces généralistes et,
tout particulièrement, les supermarchés (310 m² pour 1000 habitants
contre 210 en Cornouaille). Si Pont l’Abbé semble garder son
attractivité commerciale, les magasins de détail se maintiennent difficilement
dans les petites communes.
Malgré les difficultés, le Pays Bigouden Sud reste un pôle d’activités
important qui parvient à occuper, sur place, les deux tiers de ses actifs. L’influence quimpéroise n’est pas négligeable car 20 % des
actifs occupés ont leur emploi dans le périmètre de Quimper communauté.
Cependant, cette influence reste encore restreinte
comparée à celle qui s’exerce sur le Haut Pays Bigouden entré, en
quasi-totalité, dans l’aire d’attraction du pôle quimpérois.
Plus encore que les autres Communautés de communes de Cornouaille, celle du Pays Bigouden Sud présente une vocation maritime affirmée
et une forte dépendance au secteur de la pêche notamment au travers de ses quatre ports de pêche : Le Guilvinec, Saint-Guénolé-Penmarc'h,
Loctudy et Lesconil. Le nombre d’entreprises de pêche et de marins, les multiples activités qui y sont liées (mécanique, électronique, construction
navale, avitaillement, mareyage, agro-alimentaire, logistique, etc.) sont largement supérieures au reste de la Cornouaille. La moitié des
entreprises cornouaillaises de la filière pêche est située dans le Pays Bigouden Sud. Un emploi embarqué en Cornouaille génère 4,3 emplois
induits sur terre.
> Le quartier maritime du Guilvinec
Le quartier maritime du Guilvinec totalise près de 900 marins pêcheurs, plus de 250 navires immatriculés, 34 000 tonnes de produits
débarqués représentant un chiffre d’affaires de plus de 94 millions d’euros.
Guy Le Berre
Chargé de mission au Comité de bassin d'emploi
> La flottille
La flottille du quartier maritime du Guilvinec
connaît une érosion continue depuis
l'après guerre. Elle a quasiment été divisée
par quatre depuis 1945.
Années
1945
1955
1965
1975
1985
1995
2005
2008
2009
Nombre de navires
959
784
740
610
536
407
302
274
255
Au 31 décembre 2009, le quartier maritime
du Guilvinec comptait 255 navires dont :
98 au Guilvinec, 74 à Saint-Guénolé, 63 à Loctudy, 14 à Lesconil (6 à Bénodet).
La moyenne d’âge des navires est de 24 ans.
Elle est plus âgée que la moyenne européenne.
Nombre de navires par type de pêche au 30 décembre 2009
Genre de navigation
Guilvinec
Lesconil
Bénodet
St-Guénolé
Loctudy
Total navires
Petite pêche
34
12
6
46
36
134
Pêche côtière
20
2
0
7
7
36
Pêche au large
44
0
0
21
20
85
Navires
98
14
6
74
63
255
> Les marins
Le nombre de marins au Guilvinec ne cesse de diminuer. De 3 501 marins en 1945, il est passé à 897. Ce qui représente une diminution des
3/4 de l’effectif. Le nombre de marins a diminué conformément à la baisse du nombre d’unités depuis 1995 (-35,7% de l’effectif). La tendance
s'accélère. En effet, en 3 ans, de 2005 à 2008, la perte est déjà de 15,4 %. L’âge moyen du marin cornouaillais est 43,7 ans contre 40,6 pour
la moyenne française.
Nombre de marins par type de pêche au 30 décembre 2009
Genre de navigation
Guilvinec
Lesconil
Bénodet
St-Guénolé
Loctudy
Total marins
Petite pêche
62
23
6
113
47
251
Pêche côtière
75
6
0
27
28
136
Pêche au large
270
0
0
128
112
510
Marins embarqués
407
29
6
268
187
897
Au 31 décembre 2009, le quartier maritime
du Guilvinec comptait 897 marins dont :
407 au Guilvinec, 268 à Saint-Guénolé,
187 à Loctudy, 29 à Lesconil, 6 à Bénodet
Malgré la perte importante de navires hauturiers
lors des plans de sortie de flotte, les
marins à la pêche au large restent encore majoritaires.
Etude sur le suivi du plan de sortie de flotte
Le Plan de Sortie de Flotte s’inscrit dans le cadre de l’axe 1 du Fonds Européen pour la Pêche (FEP), "Mesures
en faveur de l’adaptation de la flotte de pêche communautaire" et plus précisément de l’article 23.
Dans ses derniers rapports la Commission a conclu que, bien que la capacité de pêche européenne diminue
globalement, cette baisse est trop lente (en moyenne de 2 à 3 %, selon la Commission, au cours des 15 dernières
années) pour exercer une influence perceptible sur la pression de la pêche. Il est par ailleurs estimé que les progrès
technologiques se situent à quelque 2 à 4 % par an, ce qui annule dans la pratique la réduction nominale.
> Les trois derniers plans de sorties de flotte en France
Navires détruits dans le cadre du plan de sortie de flotte
2006
2008
2009
Total
88
160
255
503
Quartier d'origine des navires des trois derniers plans de flotte
Quartier maritime
3 PSF
Quartier maritime
3 PSF
Quartier maritime
3 PSF
Le Guilvinec
55
Bordeaux
16
Dunkerque
5
Saint Nazaire
40
Port-Vendres
16
Nantes
4
Bayonne
38
Auray
12
Saint Malo
4
Les Sables d'Olonne
34
Vannes
11
Morlaix
3
Sète
34
Dieppe
10
Paimpol
3
Caen
31
Saint-Brieuc
10
Fécamp
2
La Rochelle
24
Marseille
9
Le Havre
2
Cherbourg
22
Martigues
9
Nice
2
Boulogne
21
Concarneau
7
Brest
1
Lorient
20
Iles d'Oléron
7
Total
503
Arcachon
19
Noirmoutier
7
Marennes
19
Ile d'Yeu
6
> Chiffres clés des trois derniers plans de sorties de flotte en Cornouaille
Les trois derniers plans de sorties de flotte, y compris la dernière liste du 9 décembre dernier concernant 10 navires cornouaillais,
ont entrainé la disparition de 62 navires : 9 en 2006, 21 en 2008, 32 en 2009 (22 de 2009 + 10 de 2010).
C’est essentiellement le quartier maritime du Guilvinec qui est touché avec 55 navires (88,7 %), les 7 navires restants étant inscrits à Concarneau. Les quartiers de Douarnenez et Audierne n’ont pas été concernés par ces plans de sortie de flotte.
Moyenne d’âge des navires bigoudens du PSF 2009 : 27 ans
Kilowatts : 5 231 Kws soit 8,2 % pour 7 % des navires.
Marins concerné par le PSF : 6 % de l’effectif du quartier maritime du Guilvinec.
> Le suivi des salariés
Le plan de sortie de flotte a touché 56 marins sur les 18 navires bigoudens concernés.
Situation des marins à l'issue du plan de sortie de flotte
Embarqué en Cornouaille
41
En activité - Commerce
2
Sous-total
43
Retraite, cessation anticipée d'activité et maladie
8
Recherche embarquement et allocation complémentaire de ressources
5
Total
56
Paradoxalement le nombre de marins "disponibles sur le marché" suite au Plan de
Sortie de Flotte n’a pas été suffisant pour combler les attentes de certains armements
qui s’attendaient à voir postuler un nombre important de marins qualifiés, ce qui
les aurait aidé à résorber les difficultés de recrutement qu’ils connaissent.
Toutefois, la réduction des effectifs, en lien avec la diminution de la flottille, est inéluctable.
Si nous pouvons imaginer que la soixantaine de marins des 10 unités de
pêche hauturière qui sortiront en 2010 seront encore en situation de retrouver un
emploi à la pêche, qu’en sera-t-il si de nouvelles sorties de flotte étaient programmées.
L’emploi indirect, ou induit, est lui plus fortement touché : Plan de départs volontaires
portant sur 24 personnes à la CCI, diminution des effectifs dans certaines
entreprises travaillant pour la filière.